Politique

UNE INTERSYNDICALE LOCALE A BLANQUEFORT

J’emprunte le chemin des ouvriers de Ford pour rejoindre l’usine, et je pense aux matins à l’embauche, aux travailleurs qui descendent du bus et qui marchent sur le sentier qui borde le parking, pour rejoindre le sas de sécurité, ceinturé de grillages, comme un camp de concentration.

Le tramway achevé récemment, m’a déposée à la gare de Blanquefort, mais il ne dessert pas directement l’usine. L’usine ne faisait-elle plus partie de l’urbanisme ?
Quelques dizaines de personnes sont assises sur une vaste table qui serpente en rectangle le long des murs de la salle de réunion, et qui laisse en son centre un champ vaste au creux, à l’air, au sens, à la respiration, à l’échange, à la distance du respect et à la sociabilité de l’entente.

Un tour de parole a été décidé, chacun apporte verbalement le message de son groupe -syndicat ou mouvement.

Les paroles se succèdent, sans se répondre. Simple tour de parole sans arguties.
On n’est pas là pour débattre, mais pour s’organiser. Du concret, du concret, du concret.

Il y a un cheminot, des étudiants, des travailleurs de la santé en clinique menacée de suppression d’emplois, un représentant d’un syndicat dans l’énergie, et toutes sortes de familles de travailleurs et salariés, que je ne restitue pas précisément à mon souvenir, tant ils sont réunis comme en Conseil de famille, ou en Conseil de guerre, pour à peu près tous dire peu ou prou la même chose, dans la diversité et la volonté : position catégorielle et défense des intérêts de son groupe, insistant sur l’interconnexion des luttes, la solidarité qui unit les uns aux autres, le particulier au collectif, l’intérêt catégoriel à l’intérêt général, et au service public.

Liberté, égalité, fraternité.

La devise révolutionnaire se meurt sous le joug radical des ultra-libéraux, industriels, financiers, cadres, DRH et autres analystes financiers qui imposent leur vision économico-centrée du monde et des relations entre objets, on ne dira bientôt plus entre humains, mais entre robots ou entre individus génétiquement modifiés.
Et remarquez comme ils adorent parler de leur « adn », qui tient dans leur patrimoine.
Faire disparaître les esclaves ouvriers et autres œuvres dites basses, au profit de toutes ces machines et technologies.

Libérer la planète de ses milliards d’individus pour pouvoir jouir - mais jouir de quoi au fait ? Tout ramener toujours à l’argent ? expression de cette prédation.
Faire tourner le monde sans bornages de la jouissance de l’ambition, de l’avidité, de la cupidité, de l’expansion et de la destruction. Mais avec des frontières administratives et policières pour empêcher les populations décimées par les guerres que nous déclenchons chez eux, et par les catastrophes climatiques, de trouver refuge.
Nous sommes la masse et nous sommes nombreux – uniques, divers, différents, semblables, proches, frères et sœurs, et connectés par la fraternité, plus ou moins, souvent beaucoup, parfois moins, et c’est notre lien. Nos groupes de chair et de sang, de partages, et de liens, de cœurs et de vies.

Aujourd’hui dans leurs « groupes », c’est comme ça qu’ils appellent leurs entreprises fusionnées - camarades de billets, de comptes bancaires, de valeurs boursières et de grattes-ciels, ils font passer des Chartes de déontologie, des Codes éthiques et autres moralisations fascistes de leursthéories et pratiques capitalistes concurrentielles, grâce aux ordonnances Macron sur le travail, qui font du patron et chef d’entreprise le législateur à la place du peuple souverain avec les formidables accords d’entreprise qui étaient censés exprimer la générosité spontanée et optimiste du possédant.

Il y a entre leurs groupes et les nôtres, ce qui sépare le métal, le plastique, le goudron, l’uranium, et les téléphones portables et autres compteurs linky, gadgets, monstres froids de design et de bêtises, de la chair, du coeur, du sang, et de la foi immatérielle et humaine en la vie et en la nature.

Nos groupes ne sont pas des abstractions intellectuelles conçues pour exploiter son prochain et le réduire à l’esclavage de ses plaisirs et autres luxes invétérés et inouïs.
La fraternité qui nous relie les uns aux autres, est notre connexion à l’Univers.
Nous n’avons pas besoin de leurs privilèges de roitelets et autres seigneurs.
Nous construisons un monde fraternel et naturel, où robots, machines, flicages, individus clonés et intelligences artificielles au mieux n’existent pas, et au pire, ne font pas disparaître l’humain fait de chair et de cœur, de sale et de pauvre, de pitoyable et de vertueux, de vivant et de solidaire.

Philippe Poutou faisait la synthèse des interventions en vue de la prochaine manifestation populaire, avec le ton modéré qui sied à une réunion intimiste d’intersyndicale locale, où tout le monde est d’accord pour s’assembler et agir ensembles. Ton qu’on lui connaît peu quand il rentre dedans les cohortes de conservateurs capitalos et exploitants qui trônent dans les médias et qui occupent les urnes désespérément dans leurs près carrés pour les élections qui quadrillent feu la démocratie.

Chez lui Philippe Poutou est modéré, avec les siens, plein et entier – dans l’opérationnel, ce 29 Mars 2018.

C’est une question de contexte.

La séance était close par un verre de rouge, ou de rosé bien que l’on préfère en général le rouge au rose, quand on fait face à l’impérialisme américain, chinois et quatari, allié au néo-libéralisme mondial des chefs d’entreprises français nourris au lait rance et pollué des écoles de commerce – modèle d’université désiré comme un aveu de leurs origines par les actionnaires de la start-up Nation qu’est devenue la France. (mais ailleurs ça n’est guère mieux).

Donc, tout ça pour dire que avant de vous demander pourquoi vous êtes énervé, commencez par vous demander par qui vous êtes entouré. Et aussi, sortons les de là : la massue a le pouvoir de s’abattre sur les folies destructrices de l’amassement (du verbe amasser des capitaux, et de exploiter la masse)

Maria Rebelle

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