Histoire

Talleyrand, prince des diplomates

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord est né le 2 février 1754 à Paris, 4 rue de la Garancière, sous le règne de Louis XV. Élevé par une nourrice dans le faubourg Saint-Jacques, il tomba d’une commode et se brisa le pied droit, d’où son pied-bot.
Issu de la noblesse du Périgord, en 1774, il assiste au sacre de Louis XVI. Il est imprégné des idées du siècle des Lumières , en particulier Montesquieu, Diderot, Voltaire mais aussi des moralistes tels que Chamfort et La Rochefoucauld.

Prêtre sans vocation, il est devenu évêque d’Autun en 1788 grâce à un don de l’évêché accordé par Louis XVI. Avant la Révolution, le jeune abbé de Périgord travaille au traité de commerce de 1787 avec l’Angleterre, collabore auprès de Calonne aux plans de réformes fiscales du royaume, participe à la création d’une future banque nationale, la Caisse d’Escompte. Il fonde en septembre 1789, avec d’autres, la Société des Amis des Arts, ce qui montre son éclectisme.
Député du clergé aux Etats Généraux, puis à l’Assemblée Nationale, il échappe à la Terreur, ayant laissé son évêché en déshérence. Réfugié en Angleterre, sous le couvert d’une mission diplomatique confiée par Danton, il est prié par un ministre du royaum , William Pitt, de quitter Londres, et se rend aux États-Unis où il découvre une jeune république fédérative à peine sortie de son indépendance.

C’est d’abord en homme d’affaires que Talleyrand se rend aux États-Unis. Il quitte l’Angleterre avec, dans ses poches, des lettres de mission de plusieurs banques anglaises, hollandaises et suisses qui l’ont chargé de prospecter et de s’assurer de la valeur des futurs terrains à coloniser dans la région d’Albany et dans le Maine. Le diable boiteux se transforme en spéculateur ambulatoire et avisé, parcourant des milliers de kilomètres à cheval dans des conditions souvent difficiles, parmi les forêts vierges et les indigènes. De ses séjours prolongés à Philadelphie et à New York, Talleyrand tire plusieurs leçons d’avenir, tant pour les États-Unis que pour l’Europe.
Très vite, il évalue les forces et les faiblesses du pays qui l’accueille. La liberté et l’égalité des cultes, le pragmatisme et le goût des affaires des Américains sont des atouts de taille. Du point de vue des relations des États-Unis avec le reste du monde, il a très vite réalisé que la puissance commerciale naissante du pays combinée avec le processus d’abolition de l’esclavage et de traite des noirs déclenché par la Révolution française, condamnaient à terme l’avenir des colonies sucrières
françaises (Saint-Domingue) dans les Antilles.

Rentré en France après Thermidor (septembre 1796), il parvint à décrocher le ministère des Relations extérieures sous le Directoire et conspira contre ce régime en faveur de Bonaparte, étoile montante. Ministre du Consulat, il le resta sous l’Empire. Il était parmi les hauts dignitaires au sacre de Napoléon 1er. Il travailla pendant des années directement avec l’Empereur, s’efforçant de modérer les appétits du conquérant. Quand Napoléon s’engagea dans la voie qui devait le conduire à la catastrophe, Talleyrand résilia ses fonctions (août 1807) , mais resta ministre consultant.

Au Congrès d’Erfurt (septembre 1808), Talleyrand tint secrètement le premier rôle pour tenter de sauver ce qu’il croyait être l’essentiel. Avant de se rendre à Erfurt, il s’est engagé dans des conversations secrètes, et rémunérées, avec l’ambassadeur d’Autriche à Paris, Metternich. Le jeu qu’il va jouer à Erfurt est délirant, prenant les ordres de Napoléon le matin et dictant secrètement le soir au tsar Alexandre le langage que celui-ci devra tenir le lendemain à son illustre allié.Talleyrand a trahi avec perfidie l’Empereur des Français qui voulait contenir l’Autriche et pousser la Russie à la menacer sur ses arrières contre de vagues promesses de partage de l’Empire ottoman.

En janvier 1814, alors que Napoléon quitte Paris pour l’armée et s’apprête à mener son ultime campagne contre les forces européennes coalisées, Talleyrand est encore l’un des tous premiers personnages de l’État. Depuis février 1813, il siège de droit au conseil de Régence comme vice-Grand Électeur de l’Empire. Alors que les troupes russes occupent Paris après la fuite à Blois de Marie-Louise et de la Cour impériale, le 31 mars 1814, Talleyrand négocie avec le tsar Alexandre la restauration de la monarchie des Bourbons, en la personne de Louis XVIII. Devant Alexandre, le 31 mars, il se déclare prêt à convoquer le Sénat « le seul corps qui puisse parler au nom de la nation ».Le 1er avril 1814, le Sénat conservateur élit Talleyrand à la tête d’un gouvernement provisoire .Le lendemain,le Sénat déchoit l’Empereur de son trône, ce dernier négociant encore avec les Alliés pour une abdication en faveur de son fils et une régence de Marie-Louise. Napoléon abdique le 6 avril.Pendant les premiers jours d’avril, son gouvernement et le Sénat rédigent à la va-vite une nouvelle constitution , qui consacre une monarchie parlementaire bicamérale, avec une chambre des députés élue et une chambre des pairs héréditaire , organise l’équilibre des pouvoirs , respecte les libertés publiques, et déclare la continuité des engagements contractés sous l’Empire. 
Dans une France affaiblie, car largement envahie, occupée au Nord, à l’Est et au Sud-Ouest de son territoire, Talleyrand, devenu président du Sénat, négocie auprès des puissances coalisées l’armistice et la paix qui sera signée au traité de Paris le 30 mai 1814.Il obtient par ce traité une paix très favorable à son pays qui, malgré la défaite, conserve ses frontières de 1792 et surtout son indépendance et sa souveraineté pleine et entière . Au Congrès de Vienne (septembre 1814-juin 1815), Talleyrand se révèle ministre de l’Europe, véritablement prince des diplomates : il évite le démembrement de la France et rend à celle-ci , malgré les terribles défaites qu’elle a essuyées, une place prépondérante.
Président du Conseil après Waterloo (1815) , il doit se démettre sous la pression des ultras. Maintenu néanmoins dans ses dignités, il assiste à la mort de Louis XVIII (septembre 1824) et au sacre de Charles X à Reims (29 mai 1825). Sans illusions sur la capacité de ce roi, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, il se rapproche des Orléans.Après la révolution de juillet 1830 et l’abdication de Charles X, il pousse Louis-Philippe vers le trône.
Nommé ambassadeur en Angleterre, il rétablit la situation diplomatique de la France, et négocie la neutralité de la Belgique, ce qui annule en partie le traité de 1815.
Après une retraite dorée, il mourut octogénaire le 17 mai 1838, et eut droit à des obsèques nationales à Paris, avant d’être enterré dans la chapelle Saint-Maurice de Valençay où il possédait le château.Il s’est réconcilié avec l’Eglise, malgré son apostasie.

Talleyrand aura traversé six régimes, assisté à trois sacres , connu six souverains, été six fois ministre des affaires étrangères, surnageant toujours, ne rentrant dans l’ombre que pour ressurgir en pleine lumière.Il avait la fierté native, sinon l’orgueil de Richelieu, le génie diplomatique de Mazarin, son appétit de richesse, son indifférence à la calomnie. Son élégance de grand seigneur , son masque impénétrable irritaient et fascinaient à la fois. On le haïssait , mais il était indispensable, car il connaissait à fond les rouages de la politique, les secrets des cours étrangères, le pedigree et les faiblesses des grands personnages de son temps.

Ses funérailles furent dignes d’un roi, mais elles ajoutèrent à son discrédit dans l’opinion parisienne.Chateaubriand, Victor Hugo, Guizot se complurent à salir sa mémoire.Ils fustigeaient surtout sa réussite, oubliant qu’elle était le fruit , non des caprices de la chance, mais de l’intelligence et de la volonté. Le XIXème siècle fit de lui un monstre de bassesse, d’égoïsme et de cynisme : « le diable boiteux ».

Notre époque le voit d’un autre œil : il est difficile de percer le masque de ce personnage hors du commun, comprendre qu’au-delà des apparences et des contradictions, il poursuivait un but précis et que , dans le fracas des événements, restant fidèle à lui-même, c’était pour la paix qu’il travaillait : la paix extérieure et intérieure.

Sources de cet article :
Georges Bordonove : Talleyrand, prince des diplomates.
Emmanuel de Waresquiel : Talleyrand, dernières nouvelles du Diable.

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