Histoire

Georges Mandel sous l’occupation

Georges Mandel, véritable homme fort de la droite, est promu en urgence ministre de l’Intérieur du gouvernement de Paul Reynaud formé le 18 mai 1940.Il fait alors arrêter certains des principaux intellectuels favorables à l’Allemagne nazie , notamment les rédacteurs de l’hebdomadaire « Je suis partout », Alain Laubreaux et Charles Lesca.
S’il fait tout pour endiguer l’esprit de débâcle qui s’abat sur la France et envisage un « réduit breton puis un repli sur l’Afrique du Nord pour les forces françaises, il ne peut contrer l’arrivée au pouvoir du vieux maréchal Pétain , nommé président du Conseil, le 16 juin 1940, et investi des pleins pouvoirs constituants par l’Assemblée nationale le 10 juillet 1940. Mandel a eu une influence directe dans le choix du nouveau sous-secrétaire d’Etat à la guerre, le général Charles de Gaulle, pour représenter la France à Londres , conformément au vœu de Churchill.

Churchill voulait un homme politique conservateur de premier plan , Paul Reynaud ou Georges Mandel, pour réaliser le projet d’une fusion d’Etats ( idée de Jean Monnet ) et à défaut , continuer la lutte sans concession contre les nations de l’Axe. Mandel a été en partie à l’origine de la détermination du général de Gaulle le 14 juin 1940, d’aller à Londres représenter la France libre. Le 17 juin 1940, alors qu’il vient de transmettre le ministère de l’Intérieur à son successeur Charles Pomaret, il est arrêté en plein dîner , dans le restaurant le Chapon fin à Bordeaux, par deux officiers supérieurs de gendarmerie ,portant un ordre d’arrestation signé de la main du maréchal Pétain au motif de « menées contraires à l’ordre public ».Au même moment et pour le même motif, le général Bührer, officier de l’armée coloniale, adjoint de Mandel lorsqu’il était ministre des Colonies, est lui aussi arrêté dans cette même ville .Le prétexte à cette arrestation (préparation d’une rébellion contre le gouvernement) est en réalité un coup monté de l’extrême droite et notamment , du sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil, Alibert, qui obtient l’ordre d’arrestation de la main de Pétain et le fait transmettre au général Robert Laffont , gouverneur militaire de la place. Ce dernier ne les fait pas conduire en prison mais à la gendarmerie, en attendant d’autres instructions.

La nouvelle de l’arrestation de Mandel se répand en ville, et le président de la République , Albert Lebrun , décide d’enquêter lui-même et convoque Alibert et le général Laffont. Sous la pression de Lebrun, mais aussi du président de la Chambre des députés Henriot et de celui du Sénat Jeanneney, Pétain fait libérer les deux hommes. Pomaret, qui vient d’être mis au courant, juge cet acte arbitraire, comme contraire à l’unité nécessaire à ce moment-là. Pétain reçoit le général Bührer, lequel fait part de l’indignité d’une telle arrestation devant ses officiers, et ce, malgré ses cinq étoiles ;puis il reçoit également Georges Mandel. Ce dernier déclare à Pétain qu’il le plaint d’être à la merci de son entourage, et plaint également la France de l’avoir choisi. Il exige ensuite réparation. Pétain rédige alors une lettre d’excuses, expliquant que l’arrestation était la suite d’une machination.

Massilia et procès de Riom.

Le général Spears, officier britannique représentant de Churchill, lui aurait proposé le 16 juin de partir de Bordeaux avec lui et Paul Reynaud, pour former à Londres un gouvernement français en exil (comme la Pologne et la Tchécoslovaquie) en attendant de réaliser le projet d’union franco-britannique. Georges Mandel aurait refusé par ces mots : « Vous craignez pour moi parce que je suis juif. Eh bien, c’est justement parce que je suis juif que je ne partirai pas demain , cela aurait l’air de dire que j’ai peur et que je m’enfuis. » Pour François Delpla, la raison est plus politique, Georges Mandel préférant tenter de poursuivre la guerre dans l’Empire, via un soulèvement en Afrique du Nord, seul espoir de continuer la guerre en France.

Opposé à l’armistice et au pouvoir autoritaire en voie de constitution, il organise le départ pour l’Afrique du Nord du président de la République, des présidents de la Chambre des députés et du Sénat, et de nombreux parlementaires afin de poursuivre la guerre depuis les départements d’Algérie. Paul Reynaud l’autorise de fait à constituer une base arrière à Alger au cas où l’occupant refuserait tout compromis sur la zone sud non occupée. C’est ainsi que Mandel avec 25 autres députés , dont Pierre Mendès-France, Jean Zay, un seul sénateur, sa compagne et sa maîtresse, s’embarquent sur le Massilia le 21 juin. Arrivé au Maroc le 23 juin, les passagers sont accueillis par une foule vindicative qui les accuse de fuite et de trahison , et le Résident général Noguès est obligé de les mettre en sûreté dans un hôtel de luxe.
Le 8 août 1940,Georges Mandel est arrêté au Maroc , déféré à la cour de Riom, et conduit au château de Chazeron dans le Puy-de-Dôme où se trouvent déjà Paul Reynaud , Edouard Daladier et le général Gamelin. Tous quatre sont transférés dans un hôtel de Vals les Bains et condamnés à la prison à vie par le tribunal d’exception voulu par le maréchal Pétain, le 7 novembre 1941. Puis ils sont emprisonnés au fort du Portalet , dans les Pyrénées, sous la garde de gendarmes français.

Déportation et assassinat.

A la suite de l’invasion de la zone libre par l’armée allemande, en novembre 1942, voulant s’emparer de Mandel et de Paul Reynaud, les Allemands organisent un coup de main sur le fort du Portalet, où ils étaient incarcérés. Les gendarmes leur ouvrent les portes et leur remettent les prisonniers qui sont transférés dans un camp de la Gestapo à Oranienbourg-Sachsenhausen, non loin de Berlin.

Mandel est ensuite incarcéré près de Buchenwald, dans un camp spécial destiné aux hommes politiques des pays occupés , et où se trouve déjà l’ancien président du Conseil Léon Blum. Il est finalement rapatrié à la Prison de la Santé, à Paris, où il est livré à la Milice le 4 juillet 1944.Le 7 juillet 1944, en forêt de Fontainebleau, le milicien Mansuy, profitant d’une promenade pendant une panne simulée de la voiture dans laquelle Mandel était emmené, l’abat de 16 balles dans le dos, en représailles à l’exécution par la Résistance du ministre collaborationniste de la Propagande Philippe Henriot. Pour l’historien François Delpla, l’explication selon laquelle Mandel aurait été tué par la Milice pour venger l’exécution d’Henriot est peu plausible. Il privilégie un ordre direct des dirigeants allemands. Cette thèse est controversée. La thèse de Delpla a été confirmée en 2013 par Berlière et Le Goarant : le meurtrier de Mandel, Mansuy, chauffeur de la voiture, était un truand, agent du Sipo-SD qui aurait agi sur l‘ordre des Allemands. Ceux-ci craignaient que les autorités de Vichy ne fassent pas fusiller l’ancien ministre.

Après Georges Mandel, Léon Blum et Paul Reynaud devaient être , comme Mandel, ramenés à Paris pour être exécutés .Au cours d’un entretien téléphonique, avec Fernand de Brinon, Pierre Laval, très affecté par cet assassinat, demanda à son ambassadeur de faire savoir à Otto Abetz qu’il n’était pas question que lui, Laval, accepte le retour en France de Blum et de Reynaud.

La tombe de Mandel , au cimetière de Passy à Paris, est ornée du même médaillon en bronze représentant son profil que celui du monument à sa mémoire réalisé par le sculpteur François Cogné, auteur de la célèbre statue de Clémenceau sur l’avenue des Champs-Elysées à Paris, érigé à l’endroit où il fut assassiné au bord de la route Fontainebleau-Nemours.

Sa fille, Claude Rothschild (1930-2003)repose avec lui .En 1940, ils habitaient au 67 avenue Victor Hugo à Paris.

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