Histoire

Henri Krasucki à la tête de la CGT (hommage 3ème partie)

Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, en mai 1981, la CGT se trouva dans une position inédite. Tout en se voulant sans complaisance, mais responsable, la CGT soutint plusieurs mesures gouvernementales, « tira tout ce qu’elle pouvait », en en soulignant parfois les limites. Mais assez vite, elle se trouva partagée entre le soutien au gouvernement et sa volonté d’impulser des luttes revendicatives, elle haussa le ton et, peu à peu, mit au premier plan de son discours la critique et la revendication.

Le 41e congrès de la CGT, du 13 au 18 juin 1982 à Lille se prépara et se déroula dans ce contexte. L’actualité, l’urgence n’étaient pas le repli, le durcissement, mais « comment faire face à cette situation à laquelle les syndicalistes n’étaient pas préparés entre partenariat et conflictualité ? » Henri Krasucki s’efforça, pris entre les plus contestataires vis-à-vis du gouvernement et les salariés dans l’attente, d’engager la CGT pour obtenir la concrétisation de mesures positives. Il soutint l’importance des lois Auroux alors que de nombreux responsables de fédérations craignaient de se faire piéger par le CNPF.

Dès le début des années 1980, dans le contexte de débats difficiles dans la gauche, de poussée des idées libérales, Henri Krasucki fut victime de représentations dis-qualifiantes de la part de nombreux organes de presse et émissions de divertissement (cf. la caricature du dessin de Plantu dans le Monde). L’extension du stéréotype « un dirigeant syndical alcoolique et imbécile » fut repris par le Bébête Show où il devint « Crabzuki ». Certaines attaques étaient à connotation xénophobe.

La sortie des ministres communistes du gouvernement le 20 juillet 1984 libéra le PCF de la « solidarité gouvernementale », et permit l’affirmation d’une ligne ferme et de la critique du PS. Le PCF poussa la CGT à s’opposer plus vigoureusement au gouvernement socialiste. Henri Krasucki ne s’inscrivit pas dans cette orientation et fut critiqué publiquement par certains dirigeants de la CGT. Dans un livre « Un syndicat moderne, oui ! » publié en mars 1987, il rend hommage à Mickaël Gorbatchev pour les réformes engagées en URSS.

Le syndicat est replié sur lui-même, bureaucratique, et apparaît comme un repoussoir. Malgré tout, au 43e congrès de la CGT, Henri Krasucki est réélu pour un troisième mandat. Devant la baisse énorme des adhérents, une perte de 130 000 syndiqués entre 1977 et 1987, il invita clairement et fermement les militants à modifier en profondeur leur pratique syndicale. A la mi-décembre 1989, dans un monde communiste ébranlé par la chute du mur de Berlin, un article du Monde évoquait la demande d’Henri Krasucki au bureau politique que le débat se développe « à l’intérieur du parti communiste. » Au comité central du 21 avril 1991, il montra des divergences avec Georges Marchais qui proclama : « non, le Parti communiste n’est ni malade, ni en crise » .Henri Krasucki affirma : « il faut changer en profondeur, beaucoup plus vite, du haut en bas, massivement. »

Dans le Monde du 15 janvier 1990, le secrétaire général de la CGT avait publié un point de vue en hommage à Waldeck Rochet : « La fin et les moyens, le besoin de démocratie, de vérité, de pureté est une force immense. A l’Ouest pas moins qu’à l’Est. »

A la conférence de presse de la CGT du 27 août 1991, Louis Viannet , en l’absence d’Henri Krasucki affirma : « La portée des événements en Union Soviétique qui s’y déroulent est considérable pour les peuples d’Union Soviétique et bien au-delà. Les récents événements, la tentative de coup de force que la CGT a fermement dénoncé, son échec, dont nous nous sommes félicités, les réactions qui s’ensuivent, sont autant d’accélération de l’engrenage de déstructuration politique, économique, sociale, déjà fortement engagé et généré par les séquelles des décennies précédant la perestroïka. »

Lors du CCN de la CGT du 11 au 14 juin 1991, Henri Krasucki, tirant le bilan de la décennie 1980, estimait que si le constat était amer pour des millions de salariés de toutes générations, la CGT avait accompli un travail considérable de réflexion, d’adaptation et de renouvellement dans bien des domaines, même si elle avait perdu des forces.

Le ton du 44e congrès qui s’ouvrait le 26 janvier 1992 était donné. Le secrétaire général sortant fut remplacé par Louis Viannet qui ne l’avait pas toujours épargné. Le drapeau rouge soviétique affalé la veille de Noël, remplacé par celui de la Russie, un sentiment d’impuissance dans un PCF dans la tourmente, il transmettait néanmoins une CGT effectivement prête à un renouveau. A 68 ans, dans son intervention finale, il affirme : « j’ai beaucoup appris et changé, pour les choix décisifs, je suis resté le même. »

En octobre 1991, une centaine d’anciens résistants et dirigeants du parti, dont Henri Rol-Tanguy, protestèrent contre la participation de Georges Marchais aux cérémonies du 50e anniversaire de la fusillade de Chateaubriand « en raison de son attitude pendant la guerre. » La présence à ses côtés d’Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT, déporté et résistant, cautionna celle du secrétaire général du PCF. En 1994, il quitta le bureau politique tout comme Georges Marchais, Roland Leroy et Charles Fiterman puis, en 1997, le comité central.

Henri Krasucki est décédé le 24 janvier 2003, à l’âge de 78 ans, fut inhumé au cimetière du Père Lachaise. Un hommage « Henri Krasucki parmi nous » lui fut rendu sous la forme d’une soirée amicale et musicale en présence de 400 personnes, le 12 mars dans la salle du comité central, au siège du PCF, place du Colonel Fabien.

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