Histoire

Hommage à Henri Krasucki (2ème partie) : un grand dirigeant syndical et politique.

Henri Krasucki devient véritablement un dirigeant national de la CGT comme directeur de la Vie Ouvrière ( 1960-1980) au décès de Gaston Monmousseau. Élu au bureau confédéral de la CGT, il engagea un travail de transformation du journal en un hebdomadaire magazine syndical « grand public ». La VO ambitionnait de s’adresser à un large public militant mais aussi à tout salarié désireux de s’informer. Les sujets traitaient du syndicalisme CGT, des actions revendicatives, sans évacuer les questions théoriques, économiques et juridiques avec une part de recherche et d’innovation. Les pages culturelles devinrent une référence dans la presse populaire. Avec les syndicalistes des impôts, il instaura la VO impôts. L’hebdomadaire atteignait alors des niveaux de diffusion exceptionnels.

Henri Krasucki conduisit la représentation de la CGT au Conseil supérieur du plan (1961-1973) face à Valéry Giscard d’Estaing, Georges Pompidou et les représentants du CNPF des plus grandes entreprises tel Ambroise Roux. Plus généralement, pendant plus de trente ans, il assura de nombreuses délégations, y compris internationales et peu d’entreprises échappèrent à ses interventions.

Lors du 17e congrès du PCF, (14 au 17 mai 1964), le bureau politique connut son plus grand bouleversement de l’après-guerre avec l’entrée de quatre nouveaux élus dont Henri Krasucki et Roland Leroy. Waldeck-Rochet fut élu secrétaire général. Il avait des ambitions pour le parti, les questions théoriques , la politique culturelle de même que l’amélioration des rapports avec les intellectuels devaient jouer un rôle dans cette évolution. Il choisit Henri Krasucki pour mener cette politique. Il lui confia la responsabilité de la politique culturelle de même que l’amélioration des rapports avec le monde intellectuel.

En 1967, Henri Krasucki devenait responsable du secteur de la politique revendicative de la CGT(1967-1982). Ce mandat indiquait une position dominante et croissante dans la vie de la CGT. Il lui permettait de coordonner les luttes, de les animer, d’être le négociateur de la CGT. Au cours du mois de mai 1968, Henri Krasucki joua un rôle clé lors de la négociation des « accords de Grenelle ». Il prit de ce fait une place essentielle dans l’action de la CGT qui, faute de perspective de changement politique, engrangea des résultats pour les salariés. Il fut l’interlocuteur direct de Jacques Chirac, alors secrétaire d’État dans le Gouvernement Pompidou.

Le 10 juillet 1972, la CGT approuva le contenu du Programme commun de gouvernement « qui constitue une base de rassemblement, d’union et de lutte des travailleurs, des masses populaires et des forces politiques, syndicales et sociales qui ont intérêt à la réalisation de ses objectifs. » et , en conséquence, elle « soutiendra le programme commun et participera activement à la lutte pour le faire triompher », d’où la proposition d’Henri Krasucki de mise en sourdine de la CGT au profit d’une grande campagne politique des organisations du PCF dans les entreprises.

Henri Krasucki était un excellent négociateur, pilotant le dossier de bout en bout , en ayant une connaissance complète, et entrant dans les débats pratiques pour en faire ressortir les enjeux politiques. Ce fut le cas pour les accords sur la formation professionnelle, l’indemnisation chômage, les garanties lors des licenciements économiques et, plus tard, sur les contrats à durée déterminée. Cette aptitude à gérer, impulser les luttes, lui donnait incontestablement un poids énorme dans la CGT durant les années 1970. Ces années furent celles de la crise économique mondiale, des redéploiements favorisant les stratégies de rentabilité des grands groupes et la sélection des activités jugées les plus rentables. Les batailles syndicales pour l’emploi, la défense de l’appareil productif et du service public, de grande ampleur, parfois violents, se multiplièrent dans le pays avec les interrogations sur les stratégies de lutte que cela supposait. Renault, les mines de fer, de charbon, Manufrance … autant d’exemples de luttes pour l’industrie, l’emploi, qui impliquèrent pour le responsable du secteur revendicatif de la CGT une conception syndicale élaborée, expérimentée, nécessitant autant des éléments de dénonciation que l’élaboration de solutions alternatives, et le sens de la communication grand public.

Pendant que se tenaient les discussions entre le PCF et le PS sur l’actualisation du Programme commun de gouvernement, dans l’introduction du document « Les solutions et les propositions de la CGT », Henri Krasucki insista sur les trois préoccupations dominantes : engager des mesures sociales immédiates et faire une politique sociale d’envergure ; viser une véritable transformation de la société par la réalisation rapide de nationalisations et la mise en œuvre d’une politique économique et industrielle susceptible de résoudre les problèmes auxquels le pays était confronté ; engager la démocratisation de la gestion des entreprises.

Remise en cause sur le plan politique, l’unité d’action se trouvait en difficulté au plan syndical, d’autant qu’à partir de 1978, la CFDT entamait son recentrage. Malgré tout, la CGT afficha une volonté d’ouverture, la recherche d’une plus grande autonomie vis-à-vis du PCF et une distanciation vis-à-vis de la FSM dont elle quitta le secrétariat.

Au sein de la direction de la CGT, se produisit un clivage entre Henri Krasucki et Georges Séguy sur les questions des relations avec la CFDT, dont il contesta la proposition de campagne de « syndicalisation en commun » et de mise en place du « Comité national d’unité d’action ».

Henri Krasucki détenait depuis plusieurs années une position éminente à la tête de la CGT. Dès 1979-1980, il apparut comme le successeur naturel de Georges Séguy.

Commentaires

Référencer un site gratuitement dépannage serrurier paris